29 juin 2006
LA GRENOUILLE ET LE SCORPION
Nadine me harcèle au tel depuis une semaine. Nadine est la fille qui jouit bruyamment, plus fort que ma voisine après une victoire de l’équipe de France.
Mais maintenant Nadine me saoule vraiment.
Certes, on a fait trois, quatre bonnes parties mais cela ne lui procure pas un droit monopolistique sur mon corps. Je ne réponds donc pas à ses différents mails et textos suggestifs puis interrogatifs, glissant désormais vers le franchement hostiles.
SFR me livre sa dernière livraison :
« C’est ta définition de « je respecte les femmes ? » En plus ton portable était off. C’est lâche de ta part. Ton capital séduction a pris un coup dans l’aile, du coup… ».
A ce stade, j’ai plusieurs possibilités :
- L’ignorer souverainement et …lâchement.
- Lui répondre via la « technique de la diversion » dite du « doigt et de la Lune
- La jouer pédagogique en lui racontant la fable du « Scorpion et de la grenouille ».
J'opte pour la troisième solution. J’appelle. Nadine décroche immédiatement et commence par un « salut », articulé sèchement…
« Hello Nadine, ça va ? Dit sur un ton enjoué
- Non..
- Pourquoi ? Dit sur un ton faussement naïf, genre "gros crétin" qui ne comprend pas la situation.
- Tu me demandes pourquoi ? Mais tu es con ou quoi ? Tu me laisses sans nouvelles depuis 1 semaine après m’avoir sauté et m’avoir promis
- Ha la la...
- Je t’ai dit que j’étais un « chasseur » ?
- Oui…
- Que j’aimais séduire plein de filles ?
- Oui..
- Que néanmoins je souhaitais changer ?
- Oui…"
Cette technique de questionnement s’appelle « le tunnel positif » : il s’agit de faire dire oui un maximum de fois à un contradicteur, pour qu’il abonde dans votre sens ou qu’il se calme, tout simplement… En effet, prononcer consciemment "oui" de façon répétitive modifie inconsciemment un mental récalcitrant. Cela permet de l’enfermer également dans une logique d’acceptation du raisonnement adverse. Je prends alors l’initiative du débat.
"Tu sais aussi que c’est difficile de changer d’un seul coup ?
- Oui…"
J’aurais pu la balader comme cela pendant longtemps en testant ma capacité à l’influence mais j’ai préféré, au vu du pitoyable enjeu, finir en lui racontant l’histoire de la grenouille et du scorpion.
"Connais-tu l’histoire de la grenouille et du scorpion ?
- Quoi ?!?
- Connais-tu l’histoire de la grenouille et du scorpion ?
- Mais tu te fous de moi !
- Ecoute… C’est un scorpion et une grenouille qui se retrouvent devant un fleuve. Ils sont acculés à la rive. Derrière eux, la prairie en flamme. Le feu avance et leur issue est de se jetter à l’eau. Mais le scorpion ne sait pas nager.
La grenouille, bonne fille, propose au scorpion de le prendre sur son dos pour traverser le fleuve puisqu’il parait sage. Le scorpion accepte.
Le scorpion monte sur son dos, et la grenouille commence à nager, fuyant les flammes.
La grenouille, avec sa monture scorpionnaire, arrive au milieu du fleuve, se dirigeant rapidement vers l’autre rive. A ce point, le scorpion plante son dard dans le dos de la grenouille.
Touchée, elle lui dit :
« Mais scorpion pourquoi fais-tu cela ? Pourquoi me plantes-tu ? Tu me tues et tu vas nous couler, tous les deux...
- Je le fais parce que je suis un scorpion, c’est dans ma nature. »
- Et alors ? demande Nadine interloquée.
- Je suis un chasseur, c’est ma nature.
- Espèce de connard. Tu ne risques pas de me la replanter ta queue !!! »
